Nicole Daiwaille

 

Nicole Daiwaille portrait photo
© 2015 Evangélia Konstantinidis Nicole Daiwaille – Atelier Arts Plastiques au Créahm Région Wallonne a.s.b.l.     

L’ « Agenda du bonheur », Nicole Daiwaille ne s’en sépare pas. Avec un titre empreint de légèreté et de béatitude, cet outil de travail fétiche qu’elle emporte immanquablement dans son sac à dos fait office de boussole pour cet usager de l’atelier. En artiste accomplie dotée d’une concentration certaine, Nicole Daiwaille se plait à planifier scrupuleusement ses activités. Véritable outil de repères dans le temps, son journal de bord fait partie intégrante de son identité créative.

Souvent adepte des grands formats, elle réalise volontiers des peintures sur papier kraft atteignant plusieurs dizaines de centimètres. Mais il ne s’est pas toujours agit de peintures. Depuis plusieurs dizaines d’années déjà, elle manie habillement stylos, feutres, pastels et pinceaux. Ses premières créations, prémisses réduites et simplifiées de son travail actuel, révèlent un attrait incontestable pour la forme géométrique quelle qu’elle soit bien que les figures anguleuses, plutôt prédominantes, dévoilent une tendance privilégiée dans ses choix de représentations graphiques. Visiblement attachée à chacune de ses œuvres, elle traduit cette passion artistique tantôt par ses thèmes de prédilections des débuts, tantôt par une marque indélébile constante qu’elle impose à chaque fin de réalisations, l’inscription de son nom. « Richard », « chagrin d’amour et quatre présentateurs », « Anne Marie Martine Nicole et marraine de Martine » « cheveux chapeau tête regarde toute casque » « 3 femmes robe et homme pantalon jeune femme jupe » « portrait de papa »,… ces quelques inscriptions revenaient inlassablement sur les premiers dessins et autres croquis de Nicole. Parfois dépourvues de couleurs, qu’elle idolâtre pourtant tellement aujourd’hui, ces réalisations du passé effleurent à peine les édifices graphiques complexes qu’elle a désormais pour habitude d’ériger.

Les thématiques qu’elle exploite résultent toujours des influences de son quotidien ou plutôt des ressources que peut lui offrir son environnement journalier. Entre les portraits de papa et autres représentations de personnes de son entourage s’intercalaient souvent des représentations de bandes-dessinées, de signes du zodiaque ou encore de célébrités fortement médiatisées qu’elle consignait parfois dans un petit carnet. L’écriture, témoignage formel de son attachement aux descriptions d’éléments visuels, semble avoir pratiquement déserté ses supports créatifs. De fait, pas tout à fait absents, les chiffres et les lettres endossent les rôles respectifs de signature et d’indication temporelle, comme si elle souhaitait conférer à son travail un caractère d’immortalité. D’ailleurs, à certains égards, ses œuvres touchent de près au religieux sans jamais en traiter concrètement.

Telles des icônes nouvelles, des icônes désacralisées, les œuvres de Nicole Daiwaille témoignent d’une relecture personnelle entre coupures de magazines et chefs-d’œuvre artistiques. Ces derniers sont des peintures notables et célèbres, tous styles confondus. Ce qui les relie entre elles c’est cette inspiration d’un fragment spécifique de l’histoire de l’art, de celui des manuscrits moyenâgeux enluminés. A l’image du travail d’habillage des textes effectué dans ces ouvrages vieux de plusieurs siècles, elle confère une aura lumineuse à ses peintures. Petites cases ornementales, mini symboles, les enluminures revisitées de Nicole Daiwaille servent d’ordinaire d’encadrements joliment décoratifs pour ses personnages.

Dessinant d’abord ce qu’elle va peindre, elle met un point d’honneur à n’omettre aucun détail formel qui figure sur les modèles dont elle s’inspire. Car oui, Nicole Daiwaille se méfie du hasard et préfère sans aucun doute le confort du travail réfléchi et structuré. 1,2,3,4,…26 c’est pas mal et avec celle-là ça fait 27 plus les petites se satisfait-elle de répéter lorsqu’elle s’empresse d’inventorier attentivement ses peintures. Le nombre, quel qu’il soit, est important à ses yeux afin de pouvoir passer à autre chose. S’en suit une période de gestation intellectuelle où mots codés et autres exercices réflexifs d’écriture échafaudent sa méthode scrupuleuse de travail. Elle feuillette, sélectionne et enfin trie ses ressources documentaires. Ces dernières sont un appui incontournable et une véritable source de créativité car c’est ainsi que Nicole Daiwaille conçoit toujours le travail artistique. Tels des puzzles composés de quelques voire d’un bon nombre de pièces, la structure de ses dessins est quasi mathématique et semble suivre une logique géométriquement étudiée. Car en effet, feutre en main avant de se saisir de son pinceau, elle croque minutieusement les éléments constituant sa peinture finale.

L’anatomie humaine, privilégiée dans son travail, n’a pourtant pas toujours ressemblé à celle que l’on peut discerner dans son travail actuel. Ses silhouettes humaines prennent, de manière systématique, des allures de personnages joyeux et vivement colorés. Les corps, d’abord soigneusement dessinés, ont tendance à éviter de s’encombrer de certains détails mais jamais lorsqu’il s’agit des extrémités du corps. Les pieds mais aussi les mains qu’elle ajoute ou supprime parfois comme si elle semblait envahie par un besoin compulsif de représenter intégralement ce qu’elle voit, ce qu’elle perçoit. Bouches souriantes ou bien marquées, nez au traits fins et courbés, yeux abondamment colorés, les visages de ses personnages ne semblent plus avoir de familiarités avec les anciens. Comparables à de véritables portraits photographiques, les personnages, même s’il n’en est parfois rien sur les modèles dont elle s’inspire, nous fixent et leurs expressions faciales se figent. Abandonnant progressivement l’insertion de l’enluminure, ses mains paraissent avoir le pouvoir mystérieux de se saisir d’un outil hybride où appareil photographique et pinceau se relaient constamment.

 

 

 

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