Michel Petiniot

Michel Petiniot portrait photo
© 2015 Evangélia Konstantinidis   Michel Petiniot -Atelier Arts Plastiques au Créahm Région Wallonne a.s.b.l.

C’était en 2005. Le ciel était sombre, brumeux, chargé de nuages tourbillonnants, comme si une pluie noire s’abattait sur la ville. Les toits des édifices longeant le cours d’eau étaient emportés par le courant d’une violente tempête qui se levait. Tournant les talons à ce chaos céleste, de petits bonshommes dans leur canoés ramaient sur les vagues qui déferlaient aux abords des bâtiments. Semblant se confondre au mouvement aquatique, ces silhouettes raides et à la fois sereines offraient un singulier contraste à la dynamique particulière de cette atmosphère. Modestement titrée La Meuse à Liège, cette œuvre de Michel Petiniot représentant le célèbre fleuve qui traverse la cité ardente, incarne le fil d’Ariane de sa production prolifique.

Sous forme d’assemblages à priori hétéroclites, les dessins de cet artiste combinent des  éléments donnant  à voir des patchworks émotionnels homogènes. Gagnant en subtilité avec le temps, l’artiste ajoute une touche d’éclat, un ou quelques éléments rendant un aspect contrasté à chacune de ses réalisations. De façon quasi systématique, les végétaux prennent une allure de nature exotique, les écritures égaient la noirceur du dessin et, en particulier, les cocons familiaux laissent pénétrer la lueur d’un soleil pourtant absent. Caractéristiques, ces contenus  graphiques vêtissent une apparence stéréotypée désormais ancrée comme tradition stylistique pour cet usager.

Les versus, oppositions et autres paradoxes complémentaires sont donc bien connus de Michel Petiniot. Il semble même mettre un point d’honneur à perpétrer cette coutume. Il suffit de l’observer lorsqu’il plonge  littéralement sur sa feuille de papier. Pointilleux et volontaire, son outil de travail le plus précieux se trouve souvent dans sa poche, au plus près de lui. Il en prend d’ailleurs grand soin et tente de  réparer ses feutres si leur pointe n’est plus viable.  Car en effet, quelqu’un pourrait avoir l’idée saugrenue d’en subtiliser un.

La beauté et l’attention aux détails, deux critères décisifs constituent à eux seuls l’étape de sélection pré-créative de l’artiste. L’investigation est souvent de courte durée car Michel anticipe et orchestre les sources à mobiliser. La mime gestuelle fait partie intégrante de cette phase préparatoire. Occasionnellement intégrée dans ses œuvres, l’écriture, se métamorphose et, débarrassée de son signifiant, elle se distingue du dessin mais devient une forme d’un autre genre. Lettres minuscules et majuscules s’inversent et se confondent, produisant un véritable amalgame sémantique.  Sa signature, toujours claire et nominative, connait un sort différent. Elle est concise, la plupart du temps discrète, faisant office d’étiquetage identitaire et d’appartenance.

Mais avant toute chose, mimer gestuellement sa prochaine production le conforte dans la probabilité de son entreprise. Aussi, il est préférable de sélectionner des photos ou des œuvres devant être à la fois belles et bien détaillées, des critères incontournables. Le Connaissance des arts  évoque la référence, le magazine-pilier de son inspiration. Jamais calquées à l’identique, ses sources documentaires constituent des fragments de la création finie offrant de surcroit une réinterprétation de la perspective redéfinissant les lignes droites en courbes, les obliques en verticales et inversement.

On aperçoit dans les sujets élus par Michel Petiniot, invariablement à l’affut de familiarité, un traitement des couleurs exacerbé. Dans les premières années, le choix de ses dernières, couplé à celui de la thématique représentée, est teinté d’une symbolique manichéiste patente, comme si les coloris entretenaient une relation perpétuellement conflictuelle. Explosion de couleurs, gaieté hyperbolique, un seul papillon suffit à réaliser une peinture. Au feutre noir, il en est autrement. Véritable schisme conceptuel où, la nature, la belle sereine, et la culture, l’inquiétante menace,  se contredisent constamment soumettant au regard du spectateur, une vision angoissante du monde. La seule présence de l’homme et des productions à son origine se figent, se parent d’une gravité presque tragique et semblent nous transmettre un message, un questionnement sociétal.

Actuellement, et ce depuis quelques années à peine, Michel Petiniot réconcilie le noir et blanc produisant une nuance de gris fidèle à la réalité, à une objectivité, brouillant ainsi les concepts et catégories reçus. La nature est capable de devenir sombre et l’homme d’être rassurant dans un monde à la fois craintif et chaotique opérant ainsi un mariage fusionnel dévoilant de cette manière une dialectique neuve.   Le batik : un ouvrage, une technique. Cette dernière, tradition ancrée dans l’histoire de l’art décoratif mais pas uniquement, parait contribuer grandement à cette union. Tel un livre de chevet, cet usager de l’atelier arts plastiques le conserve précieusement sur l’étagère contenant ses propres réalisations. Peu importe le tissu, c’est le médium qui prime et les traits, juste des traits, simplement pour ce qu’ils sont. Cette neutralité, cette absence de positionnement quant au sentiment face au monde qui l’entoure éradique la jadis connotation dichotomique conférée au noir et aux couleurs. Bien qu’utilisé à l’occasion et par période, jugé intéressant mais inconvenant par l’artiste car salissant, le support textile est  la clé de voute de son évolution artistique.

Avec cet artiste désormais volontairement cantonné à la création plastique, l’expressionnisme pictural allemand semble naturellement renaitre de ses cendres. Tels des retentissements du Cri d’Edvard Munch, les créations de Michel Petiniot semblent faire un parfait écho à l’atmosphère émanant de cet illustre classique d’avant-garde. Là où un Philippe Geluck parodie cette fameuse peinture en donnant le ton avec humour, substituant le cri par l’éclat de rire, un Michel Petiniot recycle, actualise et même ravive les effets de ce courant moderne. Retrouvant un nouveau souffle par le biais des distorsions graphiques de cet artiste, la relation d’hostilité entre la nature et la culture, apanage de l’expressionisme, est ainsi remise au goût du jour.

 

 

 

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