Capharnaüm : 4 artistes singuliers investissent la salle des pieds Légers au Théâtre de Liège

 

Déroutante proposition oscillant entre l’enjôleur cocon protégé et la vitrine engageant le tout public, Capharnaüm résulte d’une minutieuse scénographie résidentielle de quatre univers créatifs d’artistes nord européens : Hendrick Heffinck, Nnena Kalu, Selbermann et Pascal Tassini.

Avoisinant une table, lovée sous une chaise,  gisant à même le sol, une salissure d’encre ébène suggère la probable et imminente absence d’un artiste à l’ouvrage. Jouxtant ce plan de travail, des bâtiments et autres constructions industrielles dénotent sur des tons bleutés à encadrements livides aux dimensions régulières sur feuilles de papier A4. Une zone de matériel de confection, d’objets et de réalisations picturales gravitent autour de cette réplique d’atelier de l’artiste allemand Selbermann.

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©2016 Evangélia Konstantinidis Exposition Capharnaüm—Théâtre de Liège

Lorsque l’attention se voit modifiée par un nouvel horizon visuel et prête une importance à la globalité environnante, le visiteur de l’exposition saisit l’enjeu de l’amoncellement d’objets créatifs insufflés par leurs auteurs. Amas labyrinthiques, chacun des espaces alloués aux créateurs est délié par l’orchestration toute entière des singulières installations.

La fusion des arts et la désuète linéarité

Subversion conceptuelle, l’esthétique, en tant qu’attribut faisant traditionnellement la part belle à toute production artistique, acquiert une connotation presque surannée, où  la  quête du « beau » se voit reléguée au second plan. Progressivement, l’idée, jadis utopique, voulant unir l’art « brut » actuel­ — dit « différencié » ou encore « outsider » — et le contemporain éclos et semble esquisser  un probable mariage des champs. S’essayant à exprimer son individualité, l’artiste dit outsider invente et façonne son art. Souhaitant discourir à propos de problématiques sociétales, l’artiste dit contemporain interroge et provoque à travers son art.

C’est dans la suggestion, et non la monstration, que le visiteur de Capharnaüm peut percevoir sans pour autant voir, une pratique commune entre les deux classifications artistiques : le recyclage et, par extension, la réutilisation d’objets. En d’autres termes, l’appropriation créative d’éléments matériels d’accoutumé usuels et quotidiens.

A l’instar de Christo, groupe d’artistes s’illustrant dans le camouflage textile éphémère de célèbres monuments, un Pascal Tassini enveloppe, emmaillote et enroule. Drapés, voiles, vêtements, des tissus de toutes natures sont prétexte à nouer étoffes et coloris tout aussi variés qu’insolites pour former des œuvres pérennes. Exécution et conception divergente de ses deux artistes pour une volonté de révéler une seconde nature, métamorphosée, construite et toujours fonctionnelle à ces, désormais, créations.

Alors que certains réemploient, d’autres « ressuscitent » ou détournent appareillages et débris divers. Hendrick Heffinck, lui, met un point d’honneur à la conservation et la préservation de ce qu’il récolte, qu’il s’agisse de machines électriques, de fleurs artificielles, de récipients verrés ou de planches en bois. La production humaine gravit l’échelon d’une probable permanence dans le temps.

A outrance, cette nécessité de sauvegarde peut s’élever au rang de dénonciation d’une société de consommation de masse ayant atteint son paroxysme. Partisan d’un art relevant d’un certain militantisme écologique, un Marten Vanden Eynden avec son œuvre Plastic Reef repousse les limites d’une méthodologie artistique du recyclage.

Emberlificotés, les cordages et autres bobines plastiques de formes à vastes  dimensions de Nnena Kalu offrent une métaphore implicite du dialogue entre les deux pôles artistiques, in et out. Traduction subjective d’un vraisemblable malaise intérieur porté publiquement, ces couplages de fils difformes de l’artiste anglaise imagent aussi le récurrent sentiment de chaos submergeant certains artistes contemporains face au monde extérieur, celui  auquel ils se sentent, dans bien des cas, greffés par erreur.

 

 

 

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